Du Tour… au détour

    « Du Tour… au détour »Par Félix Marceau, Correspondant itinérant de La Gazette de Ravennes-les-Brisants Hier, par un étrange concours de circonstances (et un embouteillage pastoral dû à des barrières trop hâtivement posées), je me suis retrouvé à assister à une étape du Tour de France des amateurs. Le hasard, le mauvais sens de l’orientation,…


    « Du Tour… au détour »Par Félix Marceau, Correspondant itinérant de La Gazette de Ravennes-les-Brisants

    Hier, par un étrange concours de circonstances (et un embouteillage pastoral dû à des barrières trop hâtivement posées), je me suis retrouvé à assister à une étape du Tour de France des amateurs. Le hasard, le mauvais sens de l’orientation, ou peut-être une forme de punition divine…

    16 000 cyclistes, paraît-il. J’aurais dit 30 000, tant ils occupaient tout l’espace : la route, les fossés, les bancs publics, les points d’eau, les réseaux sociaux.16 000 tenues fluo, casques profilés, lunettes miroir et montres connectées qui indiquaient à chacun le nombre de battements de son cœur et, probablement aussi, le taux d’humilité restant.J’ai vu des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes, engoncés dans des tenues si moulantes qu’on devinait jusqu’à la couleur de leur ego, comme s’ils partaient non pour une étape, mais pour sauver l’humanité en pédalant.

    Parmi eux, pourtant, aucun vainqueur annoncé, aucun champion en devenir.Je n’ai rien contre le sport, au contraire. Mais j’ai parfois du mal avec cette croyance moderne qu’il faudrait, dans chaque loisir, singer les élites plutôt que d’en savourer l’esprit.

    Mais revenons à mon observation principale : le point de ravitaillement.Un petit miracle d’organisation humaine et d’absurdité gastronomique.Sous une tente tremblotante, des tables croulaient sous les bouteilles d’eau tiède, les pâtes de fruits chimiques, les barres céréalières en plastique souple et, pour sauver l’honneur de notre terroir, quelques cubes de fromage vaguement fondus, transpirant leur solitude sous le soleil.Je me suis trouvé là, au milieu d’eux, sans dossard, mais avec mon œil critique et ma gourmandise mal placée.À un moment, un jeune homme suant m’a lancé, haletant :— « Vous ne faites pas le parcours, vous ? »Je lui ai répondu :— « Je fais le plus dur. Je regarde. »

    À force de les voir ingurgiter leurs calories standardisées pour mieux repartir, je me suis laissé surprendre moi aussi par une petite pause gastronomique digne d’un étoilé du Tour, dans une bicoque traditionnelle de bord de route : saucisse / frites.Le sport a ses vertus. L’observation, ses plaisirs.

    Et puis, j’ai repensé à autrefois.Où est passée l’époque où l’on enfourchait son vélo pour aller voir plus loin, pour se promener, pour respirer ?Où sont ces dimanches matin où l’on pédalait avec des copains en parlant de tout sauf de performances, où l’on s’arrêtait sous un arbre pour manger une pomme, sans songer à partager l’instant sur Instagram ?Celui de nos pères, de nos grands-pères, celui où l’on partait sans se soucier de son rythme cardiaque, sans publier chaque virage en ligne.On roulait pour le plaisir, pour se perdre peut-être.On ne comparait pas ses exploits sur des plateformes numériques, on racontait simplement qu’on était parti, et qu’on était revenu.Oh, je ne leur en veux pas. Mais je m’interroge et je ne peux m’empêcher de sourire.À force de vouloir ressembler aux professionnels, ils ont perdu ce qui faisait la beauté du sport amateur : l’imperfection.

    Le sport, me disait un vieux professeur de Ravennes, « c’est ce qui t’emmène vers les autres, pas ce qui t’en isole derrière des lunettes miroir. » Je crois qu’il avait raison.Mais il est sans doute trop tard : le peloton a déjà repris la route, absorbé dans ses statistiques, ses moyennes horaires et ses partages en direct.Moi, j’ai préféré m’asseoir sous un tilleul.Regarder passer la vie, sans cardio, sans chrono…Et, pour une fois, savourer d’être resté immobile.


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