đŸŽ” Le ticket de quai – Annie Philippe

    Il y a des chansons qui semblent lĂ©gĂšres.Des chansons qui arrivent en robe d’étĂ©, avec un sourire un peu trop sage pour ĂȘtre totalement honnĂȘte. Le Ticket de quai fait partie de celles-lĂ .À premiĂšre Ă©coute, c’est du yĂ©-yĂ© pur jus : une amoureuse qui achĂšte un petit billet pour accompagner son garçon jusqu’au train. Rien



    Il y a des chansons qui semblent légÚres.
    Des chansons qui arrivent en robe d’étĂ©, avec un sourire un peu trop sage pour ĂȘtre totalement honnĂȘte.


    Le Ticket de quai fait partie de celles-lĂ .
    À premiĂšre Ă©coute, c’est du yĂ©-yĂ© pur jus : une amoureuse qui achĂšte un petit billet pour accompagner son garçon jusqu’au train. Rien de dramatique. Juste quelques francs pour prolonger l’instant. On imagine presque le chef de gare attendri.
    Sauf que.


    Un ticket de quai, ce n’est pas un billet pour partir.
    C’est un billet pour regarder l’autre partir.
    C’est quand mĂȘme une drĂŽle d’invention.
    On paye
 pour ne pas monter dans le train.
    On paye pour rester sur le bord de l’histoire.
    Dans les annĂ©es 60, les quais de gare Ă©taient de vĂ©ritables scĂšnes de théùtre. On pleurait sans filtre, on promettait d’écrire tous les jours — ce qui, Ă  l’époque, impliquait un stylo et une enveloppe, pas un “vu Ă  19h42”. On agitait la main jusqu’à ce que le train disparaisse, comme si la fidĂ©litĂ© dĂ©pendait de la distance du bras.


    La chanson pétille. Mais derriÚre le refrain, il y a quelque chose de légÚrement déséquilibré :
    l’un part vers l’aventure,
    l’autre reste avec le souvenir.
    Et celle qui reste transforme l’attente en preuve d’amour.
    C’est beau.
    C’est touchant.
    C’est aussi un peu masochiste.


    Aujourd’hui, on ne prend plus de ticket de quai. On accompagne jusqu’au parking. On dit “tu m’envoies un message quand t’es arrivĂ©â€. L’émotion tient dans une notification. Le romantisme a migrĂ© vers le rĂ©seau 5G.


    Mais le mĂ©canisme est le mĂȘme : on veut retarder le moment oĂč l’autre s’éloigne. On veut croire qu’en restant un peu plus longtemps sur le quai, on retient quelque chose.


    À Ravennes, il n’y a plus vraiment de trains. Enfin
 si, mais ils passent surtout sans s’arrĂȘter. On a gardĂ© le quai, par principe. Les dĂ©parts, eux, se font autrement : un dĂ©mĂ©nagement discret, une mutation, un “je reviens bientĂŽt” qui dure plus longtemps que prĂ©vu.
    Et parfois, on se surprend Ă  rester lĂ , symboliquement, Ă  regarder partir les gens.
    Sans billet.
    Sans fanfare.
    Mais avec cette petite musique dans la tĂȘte.


    Alors ce soir, on va reprendre un ticket.
    Pas pour voyager.
    Juste pour rester encore un peu.


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